• http://www.adopteunmec.CN ou comment fussent-ils, les garçons en Chine.

    Etre un garçon en Chine, c’est un sacré calvaire. Il paraît dans la vie qu’être un garçon c’est souvent profiter des femmes en étant légèrement (ou beaucoup) polygame, tout comme l’était l’empereur de Chine qui choisissait une concubine par nuit et qui jouissait de 200 000 eunuques pour garder son harem en toute docilité. Ainsi le confirment les atteintes faites aux femmes chaque jour dans le monde, les agressions verbales et sexuelles très présentes dans de très nombreux pays, France inclue, et j’en suis moi-même une témoin absolument révoltée.

    En Chine, que nenni mes amis. Les garçons se tiennent tranquilles, et les « Eh 美女你想做爱吗 ? » (équivalent chinois mal traduit de « Eh mademoiselle viens on baise ») n’existent pas, ni en vrai ni dans leur tête.

    QUOIQU’un couac m’a laissée coi. Ainsi les garçons en boîte de nuit, après deux verres de Baijiu et de fortes envies coquines face aux fesses qui se dandinent sur la piste, ne se sont pas gênés pour laisser traîner des mains (ou autre dispositif), ce qui en temps normal, dans le métro par exemple, serait encore une fois inimaginable, quand c’est en France une habitude.

    En Occident dirais-je, de mon point de vue de femme, je crois que les quelques contraintes à être homme sont :

    - Ne pas porter de jupe
    - Ne pas pleurer, devoir avoir l’air viril (Ici les garçons accompagnent leurs copines voir des films à l'eau de rose, et kiffent tout autant qu'elles. Ici les chanteurs les plus aimés des filles ont l'air de lesbiennes)

    Oui oui, c'est un garçon.


    - Souvent toujours laisser les femmes tout faire et donc savoir en faire moins qu’elles (après mariage et procréation, j’entends)
    -La galanterie (mais elle a disparue)
    - Et autres contraintes que j’oublie sans doute

     

    J’ai rencontré un garçon dans le bus qui s’appelle XinHai 鑫海. Ca veut dire « mer immense ». Il a pris mon numéro et a demandé à ce qu’on se revoie, ce qui a été le cas, et cela trois fois. Durant ces aventures – car j’ai l’impression, comme je l’ai souvent fait remarquer, d’atterrir sur une autre planète à chaque fois que je rencontre de nouvelles personnes – durant ces aventures, et en plein milieu de la Cité Interdite, j’ai appris que sa vision du mâle était celle de celui qui offre tout à sa petite amie sous peine de n’être plus un homme (ou, comme le faisais-je remarquer, d’être eunuque).
    Ou encore, de celui qui se doit de porter sa petite amie quand elle a mal aux pieds.
    Ou encore,  de celui qui se doit d’être capable d’offrir à sa petite amie un mariage digne de ce nom. Ainsi, 鑫海Xinhai, au salaire de 4000Y par mois (~400€) économise-t-il des sous pour offrir à sa future épouse un mariage d’un million de yuan (environ 100 000€), ce qui est selon lui le minimum à payer pour un mariage à Tianjin. Là –dedans sont compris la réception, la maison, la voiture, le voyage de noce, etc. 

    Je nuance tout de suite mon propos en disant que Xinhai était certainement quelqu’un de très extrême et exigeant dans sa vision des choses. Il n’empêche qu’en y réfléchissant, je n’aurai jamais trouvé une telle galanterie en France.

    Pourtant, cet altruisme incroyable cache en fait un dédale de conventions.

     

    La France, pays des ronchons et des onomatopées improbables du style « ffffou », ou bien « oh là là », « fait chier putain merde », « bordel de chiottes », « han » et  « rhâââ », pays à l’esprit critique souvent très intelligent, aime se plaindre, ce qui caractérise bien l’envie d’indépendance et la liberté  à l’égard de ses proches, chose qui en Chine se révèle inimaginable.

    En effet, si je devais faire une métaphore chiadée, je dirais que la société chinoise c’est les mailles du lin, et la société françaises les mailles du pull-over.

    Les Chinois sont soudés, vivent ensemble, adorent s’offrir des cadeaux, dépendent les uns des autres et se reposent sur les autres, ce qui fait que dans ce pays, vivre tout seul est impossible, et c’est certainement la raison pour laquelle les Chinois sont des gens aussi chaleureux (cela ne les empêche cependant pas de manquer absolument de tact et de civilité). Les Français eux vivent tout seul, et c’est bien là leur bonheur : être dérangés le moins possible. Ce qui fait qu’en France, quand il y en a une maille de pull qui part en live,  c’est d’abord très possible et ensuite peu dérangeant.
    En Chine, c’est quasiment impossible : la maille de lin se repère tout de suite et dérange tout le monde.

     

    Qu’en est-il de nos garçons ? (puisque c’est là le titre de l’article)

    Et bien contrairement à l’adage populaire finnois « L’amour est un jardin fleuri et le mariage un champ d’ortie », l’adage populaire chinois place le mariage sur le même socle que la liberté. De quoi se libérer, me direz-vous, quand on est jeunes, beaux et prêts à faire l’amour à tout bout de rue ? De la cage dorée dont j’ai entre-aperçu les barreaux pendant mes trois premières semaines en Chine : ne pas pouvoir sortir sans ses parents, ne pas rentrer tard, donner des nouvelles toutes les 5 minutes, se voir tout faire payer, tout faire à notre place, se voir poser des questions sur son petit ami d’une façon maternelle et protectrice qui nous semblerait à nous tout à fait déplacée  comme « Tu as un petit ami ? Il est Français ? Ca fait combien de temps que vous êtes ensemble ? Tu sais tu pourrais en trouver un en Chine !? D’ailleurs ma mère est entremetteuse, elle pourrait te trouver un petit ami. Tu penses souvent à lui ? Pourquoi tu n’es pas venue avec lui en Chine ? ». A ces questions embarrassantes j’ai d’ailleurs répondu que je pourrais très bien avoir deux amoureux, un Français et un Chinois. L’impromptuosité de ma remarque a eu l’effet parfait de faire beaucoup rire tout le monde et d’arrêter le flot de questions.

    Face à ce comportement de mon hôte, je me demandais ce qui faisait que sa mère ne lui posait désormais plus ce genre de questions quand elles étaient pour moi très fortement insistantes. Et je me suis dit que c’était parce qu’elle était mariée.

     

    Xinhai, le garçon chinois le plus civilisé que j’aie rencontré (qui ramasse les papiers plastiques à la Cité Interdite pour les mettre à la poubelle ; à l’appartement propre comme un sou neuf ; aux toilettes impeccables ; au soin méticuleux et soigneux mis à conserver ses affaires ; à sa tendance forcenée à arriver dix fois trop à l’heure), a un jour devant moi filtré plusieurs appels. C’était pour moi non seulement inconcevable du fait de sa grande civilité, mais également du fait de la culture du 手机 shouji qui fait que l’on répond à son portable en toute circonstance même au milieu d’une conversation déjà téléphonique. J’ai compris par la suite que ces appels provenaient … de son père et de sa mère qui voulaient savoir ce qu’il faisait, pourquoi, où, comment, par quel moyen, comment rentrer, avec qui, et en quelle circonstance.
    J’ai demandé à Xinhai, 23 ans, si ses parents voulaient qu’il se marie, et j’ai senti dans sa réponse la pression familiale ressentie tous les jours : les hommes non mariés en Chine se font appeler par un surnom fortement péjoratif, et 23 ans, c’est l’âge parfait pour se marier.

     

    Le soir même, Fuzhi, dont j’ai parlé quelques articles plus bas, s’est excusé de son absence dans le fin fond de son 手机 shouji en notre présence, en nous disant que sa petite amie l’avait quitté faute de statut social suffisant de sa part (Fuzhi, étudiant en physique et mathématiques, en réseau dans toutes les villes de Chine et voulant faire carrière dans l’informatique à l’international, ne fait encore pas assez d’argent dans son pauvre studio de seulement 50m² dans le centre de Tianjin, quatrième centre économique de la Chine).

     

    De ces multiples expériences, j’en viens à me demander si c’est le communisme qui a forgé la culture du partage instantané et collectif, de l’entraide de ceux qui ont un problème, du besoin forcené de cadres institués comme le mariage qui emprisonnent l’individu dans ses un milliard trois cent millions de mailles de lin trop serrées ; ou bien si c’est la culture chinoise du collectif qui a forgé ce communisme où tout le monde se surveille et où l’on ne peut guère sortir de sa maison sans être vu de ses amis, de son mariage sans être vu de sa famille, de sa patrie sans être vu de son gouvernement, face à l’Occident qui a fait naître des braqueurs de banque quand en Chine ils sont tout simplement interdits par un filtre bien aiguisé.

     

    C’est ainsi que via son shouji traducteur, Xinhai m’a un jour dit :
    « I envy you »
    Et face à mon regard perplexe, il a continué :
    « Because you are free ».


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